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Des médias certifiés ISO 9001?

Le Courrier
Samedi 14 Mars 2009



Par Benoît Perrier

 

Genève - La fondation Médias et Société propose des normes de gestion de la qualité des médias. Claude Torracinta en prend la présidence.

«Au moment où les médias sont en difficulté, ils doivent réunir les meilleures conditions de fabrication. C'est ce que permettent les standards que nous proposons.» Le journaliste Claude Torracinta est désormais président de la fondation Médias et Sociétés. Il présente en ces termes les normes internationales de gestion de la qualité qu'elle recommande.L'idée est effectivement dans l'air: en ces temps de crise de confiance et de bouleversements du paysage médiatique, pourquoi ne pas formaliser ce qui garantit une information de qualité? L'Office fédéral de la communication (OFCOM) envoyait un tel signal à l'automne. Les concessions radio et de télévision régionale accordées comportent en effet l'obligation de se faire évaluer par un interlocuteur extérieur.


Une filiation claire

En l'occurrence, Médias et Sociétés promeut deux normes, baptisées ISAS BC-9001 et ISAS P-9001. Leurs noms troquent la poésie contre une filiation claire avec ISO 9001, norme de gestion de la qualité qu'elles reprennent intégralement. Mais les deux standards sont originaux dans ce qu'ils rajoutent: des adaptations et des définitions spécifiques à la presse et aux diffuseurs radio, TV et internet.


Spécificités des médias


Ces documents sont appliqués dans trois médias déjà certifiés: Canal Once au Mexique, Trans TV en Indonésie et la Radio lettone. Ils précisent les particularités de l'environnement journalistique, notamment une qualité évaluée en fonction des bénéfices réalisés, mais aussi selon le rôle social joué par le média. Le danger de pressions économiques et politiques sur le contenu est également évoqué. Les standards explicitent enfin la double nature des «clients»: lecteurs, auditeurs ou spectateurs d'un côté et annonceurs de l'autre, dont les objectifs divergent nécessairement.
Heureusement, ces descriptions sont accompagnées de prescriptions. Sont ainsi soulignées, entre autres, la nécessité d'une indépendance éditoriale ou d'une transparence sur le financement du média.


Codes explicites

«Avez-vous un code d'éthique, une charte, une liberté éditoriale? des liens avec vos lecteurs, une relation claire entre journalistes et direction?» demande Claude Torracinta. De tels documents sont requis par la norme, de même que la formalisation de la plupart des processus qui font la vie quotidienne d'un média. Il cite ainsi, chez nos voisins, la chaîne parlementaire qui annonçait en septembre dernier sa volonté de se faire certifier. Pour elle, «préciser ses liens avec le pouvoir est une question fondamentale».
Plus près de nous, Radio Fribourg s'est prêtée à l'exercice: sa certification devrait intervenir d'ici à l'été. «On s'est pris au jeu» remarque son codirecteur Thierry Savary. Au scepticisme initial a fait place l'enthousiasme: «On croyait se compliquer la vie, on s'est aperçus que ça pouvait nous protéger, nous faciliter le travail et éviter des problèmes.» Comme exemple d'amélioration, il cite la communication interne: les directives sont maintenant explicites et communiquées à tous. La radio bilingue a également revu et finalisé sa charte dans le processus.
«Cela permet de voir où les incidents font vraiment mal» résume Guillaume Chenevière, ancien directeur de la TSR et ardent promoteur de la norme. Il relie d'ailleurs le concept de processus critique à son origine: «La qualité d'un média, c'est comme la sécurité dans les avions ou les hôpitaux.»


Soutien de la DDC

«Au XXIe siècle, une information fiable et digne de foi est un besoin fondamental, on devrait la considérer comme un bien public, non comme un simple produit», précisent les directives d'application des deux standards. Souhaitons qu'il y ait là plus qu'un voeu pieux. A Berne, la Direction du développement et de la coopération affiche en tous les cas sa confiance dans le projet, puisqu'elle a reconduit sa contribution au financement de la fondation, qui oeuvre depuis cinq ans.

 

 
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