• English
  • Français
Home Page | Mission, Vision & Strategy | Foundation | Management | Standardization Committee | Accreditation Body | Certification Bodies | Consulting Firms

Au sud, les médias restent handicapés par les contrôles

Le Temps
Jeudi 11 Juin 2009



Par Guillaume Chenevière,
directeur de la Fondation Médias et Société, a observé lors du Sommet 2009 des médias asiatiques, à Macao, que la liberté de la presse n’avance que lentement


La Suisse joue-t-elle les premiers rôles dans le monde des médias du Sud? L’Asia Media Summit, leur grand rendez-vous international qui vient de s’achever à Macao, pourrait le laisser croire.

Il s’est ouvert et conclu sous la présidence de Walter Fust, élu à la tête d’un partenariat international au service des médias en tant qu’acteurs du développement social et économique. Le World TV Award y a récompensé la société suisse dev-tv pour une série de films sur les violences faites aux femmes, diffusée par BBC World et Al-Jazira . Deux institutions suisses ont animé les débats, World Global Media, qui encourage le changement social à travers les médias, et la Fondation Médias et Société qui implante une norme universelle de gestion de la qualité dans les médias.

L’Asia Media Summit 2009 avait pour cadre la nouvelle Venise de Macao, un hôtel-casino de 3000 chambres sur 40 étages, à la fois le plus grand bâtiment et la plus grande salle de jeu du monde. Le «Venetian» rend hommage à la vieille Venise par des copies grandeur nature du Rialto et d’un morceau de la place Saint-Marc et par un canal intérieur avec ponts, gondoles, costumes et masques, sous un ciel bleu parsemé de petits nuages, si haut perché qu’on remarque à peine qu’il est en plastique. Ce décor grandiose, dont beaucoup de visiteurs asiatiques ignorent qu’il renvoie à une Venise réelle, ouvre sur des salles de jeu à perte de vue, 350 boutiques offrant tout ce que l’Occident compte de produits de luxe, et une myriade d’animations couronnées par l’inévitable Cirque du Soleil.

Bercés par un Vivaldi sans fin, d’immenses couloirs aux plafonds peints de faux Tintoret conduisent à des chambres ornées de faux Canaletto. Les familles dont les enfants brandissent des ballons multicolores y croisent des congressistes en costume foncé, des joueurs au regard allumé, et des prostituées en robes pastel, qu’on prendrait pour des jeunes filles se rendant au mariage d’une amie.

Maquillé en paradis, l’enfer du jeu de Macao reste un enfer, rendu plus inquiétant par son nouveau déguisement…

Ce cadre insensé est-il approprié pour discuter de «Changer le monde grâce aux nouveaux médias» ou de «Crise financière globale – les médias à la rescousse»? J’opine pour le oui. Le «Venetian» est le symbole des rendez-vous du monde globalisé, coupés du monde réel. Il fait toucher du doigt l’illusion des élites. C’est le lieu idéal pour dénoncer, comme l’Indienne Ammu Joseph, le silence assourdissant des médias du Sud comme du Nord sur la faim et la pauvreté.

L’Asia Media Summit interroge obstinément les médias sur leur capacité à jouer leur vrai rôle dans la société. Sans information pertinente, pas de lutte efficace contre les maladies endémiques, la pauvreté et même le changement climatique, qui coûte déjà – ce n’est qu’un début – 300 000 vies par an au tiers-monde.

Au cours d’un atelier, j’ai demandé à vingt-quatre cadres de médias du Sud le principal obstacle qu’ils rencontrent sur le chemin de la qualité de l’information. D’abord l’absence de motivation et la qualification insuffisante des collaborateurs; puis la pauvreté des moyens, puis la pression commerciale qui fait négliger les défavorisés, majoritaires, mais hors la cible des annonceurs. Les pressions politiques ne viennent qu’en queue de peloton. Est-ce l’influence de la Chine, omniprésente dans les débats de Macao?

Nombreux sont les Africains qui, comme Bijayecoomar Madhou (Mauritius Broadcasting et Southern African Broadcasting Association) remercient les «vrais amis» chinois de leur avoir offert de nouveaux bâtiments. Et les Occidentaux qui luttent contre les maladies endémiques par une meilleure information se félicitent de leur collaboration avec les télévisions chinoises.

Jade Lu Wang (China Radio International) et Gerda Meur (Deutsche Welle) ont tenu un discours identique, la première montrant une Chine sur la bonne voie, la seconde peignant une Allemagne phénix de la presse libre. Seule différence entre elles, la référence de Mme Wang à l’«harmonie sociale», ligne rouge qu’on ne saurait franchir en Chine sans s’exposer aux pires sanctions.

Le taux de confiance des citoyens chinois dans leurs médias est curieusement semblable à celui que l’on observe en Europe, même si les motifs de défiance ne sont pas les mêmes. Selon Zhengrong Hu (National Center for R-TV Studies, Pékin), les autorités ne donnent plus d’ordres aux médias mais les traitent en partenaires, et les journalistes se montrent de plus en plus critiques, «même sur les affaires de corruption». Acceptons-en l’augure…

Pour Kunda Dixit (Nepali Times), les politiciens démocratiquement élus ne se privent pas d’instrumentaliser la presse, il place son espoir dans le journalisme citoyen et les médias communautaires. Thepchai Yong (Thai PBS), constatant que les citoyens de son pays votent en connaissance de cause pour des politiciens pourris (ce qu’il appelle l’effet Berlusconi), travaille à mettre en lumière les méfaits de la corruption au niveau local pour changer les mentalités.

Yoshinori Imaï (NHK, Japon, Asian Broadcasting Union) plaide pour les médias de service public, miroirs non déformants de la réalité; Ashwin Sasongko (Ministère de la communication, Indonésie) souligne que la liberté de marché ne garantit pas la qualité et que le rôle des régulateurs est essentiel pour protéger la démocratie.

Un autre régulateur, Riyadh Naim (Ministère de l’information, Arabie saoudite, et Arab States Broadcasting Union), inquiet de «l’ébranlement des valeurs morales par le Web», souhaite une gouvernance de l’Internet qui en permette la censure. Martin Hadlow (Université du Queensland, Australie) lui a rétorqué que si les nouveaux médias modifient les comportements, c’est par l’exigence croissante de satisfactions rapides, instantanées, le «Paradise Now» de Mai 68.

Cheche Lazaro (Probe, Philippines) se félicite qu’au monologue des médias succède le dialogue avec le public. «Le changement commence avec moi» est le nouveau slogan de la campagne qu’elle a initiée pour inciter chaque citoyen à faire la police dans sa circonscription électorale, et assurer des élections propres. Le nouveau média, dans ce cas, est moins l’Internet que le téléphone mobile, devenu le «centre du monde» des jeunes Asiatiques.

Si les élites, au Nord comme au Sud, se désintéressent du sort de la majorité défavorisée, les médias peuvent faire la différence. Tel est le credo de l’Asia Media Summit, dont une version à l’usage des Européens, l’Asia-Europe Media Dialogue, aura lieu à Amsterdam les 9 et 10 novembre prochains, à l’invitation de la radio internationale néerlandaise.

 
< Prev   Next >
 
About Us
| © 2003-2010 Media and Society Foundation